Wednesday, November 10, 2004

Impressions iraniennes

(...) L’obscurité de la nuit diffusait la douce voix d’un vieil homme perdu dans son monde, un son pacifique. Il chantait des chansons qui racontaient la vie de l’Imam Ali, et je n’ai pas pu m’empêcher de m’arrêter. Bien que je ne sois absolument pas religieuse, la voix de cet homme me captivait. Quand mes yeux ont commencé à s’habituer à l’obscurité, j’ai vu que ce chanteur solitaire était habillé en derviche. Sa chanson me rappelait les rythmes merveilleux que j’ai entendus dans les rites Soufi. Il ne savait pas qu’il avait un public, et de toute façon ça lui était égal. Dans son coin, mon derviche chantait avec le cœur, et moi je me suis laissée bercer par la joyeuse mélodie de sa voix. Laissant que ces murmures comblent mes oreilles, je n’ai pas pu éviter de penser à combien l’obsession du monde euro-américain est ridicule, qui veut que « l’esprit islamique » conduise les gens à faire des choses méchantes dans cette région du globe, comme si l’Islam était différent des autres religions du monde. Si seulement les gens, en Occident, pouvaient vivre la beauté de la voix de mon derviche au coin d’une rue, le calme de la prière de ma grand-mère, dans un mélange d’arabe et de persan que j’ai appris à aimer. S’ils pouvaient écouter les discussions de mes compagnons d’universités qui ont une propre foi personnelle (qu’elle soit islamique, chrétienne, juive, zoroastrienne, ou rien de tout cela), mais critiquent l’exploitation de la religion par le gouvernement. Si seulement ils pouvaient voir les couleurs dans les rues, peut-être qu’alors ils arrêteraient de penser que cette religion est aussi obscure. (...)
Narghes Bajoghli*, « Il canto del derviscio”, Peacereporter.

Le texte intégral chez ImpasseSud.